Marie Daniel, l’imaginaire au service de la société
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A 33 ans, Marie Daniel entreprend en famille. Elle imagine avec son mari une application pour inventer des histoires aux enfants. Nous rencontrons la co-fondatrice l’application Creative Stories à Nantes, sur les douces banquettes en velours de la pâtisserie Esthète. Derrière l’entrepreneuse, se cache le combat sans relâche d’une maman ambitieuse de quatre enfants.

Jeune mariée et maman de quatre enfants, à l’époque professeure de droit au lycée et directrice adjointe, Marie est sur tous les fronts, elle cumule les heures supplémentaires et subi la mauvaise gestion de son établissement. À un moment, ça explose. La jeune femme fait un premier burn out. « C’était assez violent. Mon burn out a été étouffé et transformé en angine. Il ne fallait pas que cela se sache dans le lycée ».

Pendant ces années à la direction de l’établissement, elle constate le manque de communication entre les enfants et les parents : « La plupart des conseils de discipline émanaient d’un problème plus profond que le dit comportement : l’absence de lien parents – enfants, l’absence de communication entre eux ». Mal entourée, dans un environnement de travail toxique, Marie ne peut rien faire. « J’étais avec des gens qui n’en n’avaient rien à faire des jeunes et de l’être humain en général, qui fonctionnaient pire qu’une entreprise, en cumulant les contradictions et l’absence de bienveillance et d’écoute auprès de leurs équipes ».

« C’est important pour une femme de s’épanouir autrement que dans la seule maternité »

Après trois dépressions post-partum, un sujet trop tabou dont elle veut parler ouvertement, pendant sa quatrième grossesse, Marie réfléchit. Que veut-elle apporter à la société tout en étant une maman présente ? « C’est important pour une femme de s’épanouir autrement que dans la seule maternité. ». Mais allier les deux n’est pas si simple. Être malheureuse d’être « juste » une maman, c’est difficile à assumer et à faire comprendre aux autres sans faire face aux jugements et à l’incompréhension. Autant que d’avoir besoin d’aide. Il faut absolument apprendre à déculpabiliser ». La jeune maman ne s’était jamais mise en congé parental. Quand elle décide de choisir entre l’un des deux mi-temps en enseignement ou à la direction, ça se complique. Elle subit « un harcèlement moral, une humiliation professionnelle, ils m’ont attaqués sur ma personne puisqu’il n’y avait rien à dire sur mes compétences et mon implication. J’étais seule, je n’étais pas assistée par une tierce personne, un syndicat, car je croyais que nous étions en confiance. Ils m’ont détruite. Et j’ai entamé une vraie dépression professionnelle ». Suite à ça, elle démissionne et se met en congé parental, pour fuir. En congé parental « forcé », donc, elle se pose les vraies questions : qu’est-ce que je vais faire de ma vie ?

Il y a deux ans, Marie et Olivier, son mari, remarquent quelque chose avec leur deuxième fille Alice. Inquiète, la jeune mère s’engage dans des bilans neurologiques complets. « Nous nous sommes rendus compte après tests que notre fille – comme 2% de la population- avait un Haut Potentiel Intellectuel, et des Troubles de l’Attention avec Hyperactivité et nous avons un doute sur un trouble autistique asperger ». Ces troubles sont une véritable souffrance pour l’enfant concernant sa différence qui n’est pas visible physiquement et ne sont ni reconnus, ni réellement pris en charge à l’heure actuelle dans la société. Marie le dit ouvertement : « Nous sommes catholiques pratiquants, ce qui nous a permis de tenir ces 2 dernières années : c’est la foi ».

Pour comprendre et aider sa fille, c’est un véritable parcours du combattant qui commence. Neuropsychologues, psychomotriciens, psychologues, orthoptistes, groupes de paroles, groupes de parents… La liste est longue. « Alice a des tocs qu’elle maitrise en société mais qui explosent dans la cellule familiale, un problème de socialisation, un profil sensoriel atypique et de vraies douleurs dans le cerveau qui nous ont beaucoup inquiétées ».

Au moment de la lecture du soir, Alice se crispe. Elle ne peut pas rester assise à table devant un livre. « Alors, mon mari a commencé à lui inventer des histoires il y a 2 ans. On a constaté que son corps s’apaisait, qu’elle interagissait et qu’elle pouvait développer tout l’imaginaire qui explosait dans sa tête », s’émeut-elle. Aujourd’hui, Alice a 8 ans et écrit des mini-romans. « Mais moi, avoue Marie, je n’ai aucune imagination, alors mon mari a réfléchi à un outil pour aider les parents comme moi » : ce sont les prémices de Créative Stories.

Cette application est une révélation : elle va créer du lien lors de l’histoire du soir !

Contre les télés qui tournent en boucle et les jeux vidéos et les tablettes à disposition, Marie et Olivier se penchent sur cette idée. Face au constat grinçant du manque de lien parents-enfants dans la société, cette application est une révélation : elle va créer du lien lors de l’histoire du soir ! « Quand tu lis un livre, moi la première, ton esprit est ailleurs. Alors que si tu inventes une histoire tu es obligé d’être à 100% avec ton enfant. Même 5 minutes de moment de qualité suffisent à remplir le fameux réservoir d’amour. »

Au-delà d’une application, Creative Stories est une revanche sur ces dernières années difficiles : « c’est notre histoire, car c’est grâce à notre fille, qui bougeait tout le temps et pour qui la lecture était un moment difficile, que cette idée est née. C’est une revanche. »

Une application gratuite : quatre univers gratuits, 400 sons et la possibilité d’enregistrer son histoire et de la partager

On télécharge gratuitement l’application. On choisit un univers. On créé ses personnages. On avance dans l’histoire, inspiré par une banque de sons inépuisable. Il n’existe pas d’outils similaires. D’ores et déjà recommandée par bon nombre de professionnels de santé à leurs patients, Creative Stories représente 35 000 téléchargements et 8000 utilisateurs réguliers chaque mois. L’application gratuite développe le cerveau intuitif et créatif : quatre univers gratuits, 400 sons et la possibilité d’enregistrer son histoire et de la partager. «L’option enregistrement et envoi pour les parents qui partent en déplacement, c’est l’idéal pour continuer à créer du lien avec son enfant par l’imaginaire  », ajoute fièrement la co-fondatrice.

Inventer des histoires à ses enfants, c’est travailler ensemble sans même s’en rendre compte. Le lexique, le vocabulaire, la prononciation. Mais aussi la construction logique, les temps : passé, présent, futur. Développer l’imaginaire en se détachant du cerveau réceptif. D’où le bon accueil des praticiens. L’écran est au service de l’adulte, il ne détruit pas la relation entre l’adulte et l’enfant. A la recherche de moments de qualité ? De rééducation cognitive ? «On pense Creative Stories ! », espère Marie.

Puis, naît le concept de Creative PRO

A force de suivi auprès des professionnels de santé pour sa fille, Marie constate un réel intérêt de Creative Sories dans la prise en charge des profils sensoriels atypiques comme celui de sa fille. Elle constate que les professionnels n’ont aucun outil pour travailler en séance l’impact des sons sur le corps ou le développement du sens de l’ouïe. C’est donc ainsi que naît le concept de Creative PRO, une application spécifique, inspirée de Creative Stories mais adaptée aux besoins des professionnels dans la prise en charge des profils sensoriels.

Le combat : inverser les mentalités, créer du lien et aider les familles qui ont un enfant porteur de HPI, TDAH ou TSA. Marie aimerait que l’on en parle librement. « C’est un trouble est très mal compris et invisible et pourtant bien présent. Quand on dit « HPI », on pense « hyper intelligent ». Or, c’est un mauvais mot. En fait, c’est un développement des sens différent. « Ce sont des personnes « hyper tout » hypersensibles au niveau visuel, auditif, kinesthésiques, avec un cerveau qui ne s’arrête jamais -même la nuit d’où des problèmes de sommeil – et cette hypersensibilité à outrance est un vrai handicap. Le bruit des oiseaux fait souffrir, une étiquette sous le tee-shirt fait péter les plombs, une nécessité de faire sortir ce qui fuse en permanence du cerveau et une incompréhension de l’autre. Ces troubles, cette différence, la famille est train de la transformer en force. Un projet porté en famille pour les familles. Et la plus belle récompense, ce sont les retours des parents. Quand « ils nous disent qu’ils sont entrés en relation avec leur fille atteinte d’un trouble du spectre autistique grâce à Creative Stories », le pari est gagné.

Aujourd’hui les orthophonistes, psychomotriciens, ergothérapeutes, et neuropsychologues nous ont rejoints dans l’aventure du développement de Creative Pro et bon nombre de familles suivies par ces professionnels ou non , ont désormais le réflexe de l’invention d’histoires avec Creative Stories pour travailler leur logique cognitive, le vocabulaire, le raisonnement et surtout entrer en relation avec leurs enfants par l’imaginaire et partager un moment de qualité.

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La question Fler :
De qui ferais-tu le portrait ?

« Ma maman. Elle a une histoire de vie difficile et très certainement aussi un HPI non diagnostiqué, à l’époque on te prenait tout de suite pour une folle. Aujourd’hui, on s’auto-coach sur notre hyper sensibilité. »

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