Clerel, la signature d’une grande voix soul
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Nous venons à peine de commander un thé vert, quand débarque Clerel. Nous l’avions rencontré quelques jours plus tôt, lors d’un concert Sofar à Paris. Grand sourire aux lèvres, étui de guitare à la main, le talentueux chanteur camerounais de 28 ans jouit d'une gaité communicative. Rencontre.

Clerel est un interprète de soul jazz. Ses inspirations n’ont jamais eu de frontières : « J’ai vécu la majorité de mon enfance et de mon adolescence au Cameroun, que j’ai quitté en 2008, à l’âge de 17 ans », nous explique t-il. Clerel se retrouve alors à étudier quatre ans dans l’Ohio, aux Etats-Unis, jusqu’au prochain déménagement familial au Canada. Aujourd’hui, il vit à Montréal depuis six ans, mais se souvient encore de son arrivée : « À l’époque j’étais étudiant en chimie et chanter n’était pas du tout un projet », dit-il en regardant sa guitare, « pourtant, la musique fait partie de mon univers depuis que je suis tout petit », ajoute-t-il avant de de nous raconter l’histoire d’amour qu’il tisse avec la musique depuis toujours.

« Mes parents avaient une collection de CD très éclectique. Avec eux j’ai découvert Bob Marley, Michael Jackson, James Brown… »

Clerel grandit dans une famille protestante. C’est sur les bancs des églises qu’il commence à chanter : « La musique faisait partie de mon éducation ! Mes parents avaient une collection de CD très éclectique. Avec eux j’ai découvert Bob Marley, Michael Jackson, James Brown », se souvient-il. Mais il grandit aussi avec Jean-Jacques Goldman. « Tu sais, le Cameroun c’est une ancienne colonie française, à la radio je pouvais écouter de la musique camerounaise, mais aussi du Pascal Obispo ! », dit-il rieur. Même si la musique était omniprésente dans la vie du futur chanteur, il s’est d’abord penché sur ses études. Qui selon lui, étaient plus sérieuses : « Dans ma famille, on ne rigole pas avec l’école. Tu ne pouvais pas rentrer avec de mauvaises notes, sinon tu allais te faire chicaner… », Dit-il avec un regard qui en dit long. Il reprend : « Mes parents nous ont toujours fait comprendre que les études c’était important pour avoir une place reconnue dans la société ». Son père, docteur en intelligence artificielle, et sa mère, comptable, lui ont donné le goût des mathématiques. « À la base, moi je voulais être médecin, c’était « cool » comme métier. Mais très vite, je me suis rendu compte que ce n’était pas ce que je voulais faire de ma vie » dit-il, l’air pensif.

« Rentrer de cours, t’asseoir sur ton lit et jouer de la musique, quelque soit ton instrument, il y a toujours quelque chose de très thérapeutique »

Clerel débute la musique dans sa chambre d’étudiant : « Au début, j’ai tout appris sur Internet, je n’étais pas dans la performance, c’était un passe-temps ». Pour Clerel l’art de bien jouer de la guitare, c’est l’art de faire le maximum avec le moins d’effort possible. « À la base, la guitare c’était vraiment un support pour ma voix », précise-t-il. Lorsque Clerel déménage aux Etats-Unis, il vient tout juste de passer son baccalauréat : « C’était un véritable changement de vie pour moi, j’ai du m’adapter à un nouveau continent, un nouveau pays, une nouvelle culture… », énumère-t-il. Outre-Atlantique, le jeune chanteur découvre la pop cheesy des années 80, grâce à A-ha, Toto, Eric Hernandez : « La musique était présente partout », dit-il en claquant des doigts, « j’ai aussi commencé à chanter dans les chorales, cela me rappelait les chants d’église, les hymnes que ma grand-mère nous faisait écouter sur des cassettes à Noël. Je suis vraiment tombé en amour de ces harmonies ! » s’exclame-t-il. « Chanter ça me fait me sentir bien, tout simplement ». Dans l’Ohio, Clerel tombe en admiration devant son colocataire et sa guitare acoustique : « C’était typiquement le genre de mec cool, le stéréotype du gars qui sort sa guitare et qui joue tout ce qu’il veut hyper facilement. Et ça sonne bien ! » S’émerveille-il encore aujourd’hui. « Grâce à lui, j’ai pu apprendre mes premiers accords. Au début c’était difficile, mais j’ai progressé vite, puis le Noël suivant mes parents m’ont offert ma première guitare », sourit-il. Deux ans plus tard Clerel se fait voler son instrument. Qu’à cela ne tienne, il en rachète une. « Rentrer de cours, t’asseoir sur ton lit et jouer de la musique, quelque soit ton instrument, il y a toujours quelque chose de très thérapeutique », déclare-t-il. En Amérique, les influences hip-hop avec des rappeurs comme Kanye West, ou encore Jay Z, inspirent Clerel. Il se laisse même tenter par le beat-making : « J’ai fait quelques expériences qui, dieu merci, sont tombées aux oubliettes », dit-il en riant.

 » Quand je chante, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai vraiment l’impression d’être à ma place « 

L’énième déménagement pousse Clerel au Canada, au cœur de la capitale Montréalaise : « C’était une période très stressante. Avec tous ces changements, j’avais beaucoup d’incertitudes, il fallait que je me trouve un nouvel endroit pour vivre, un nouveau cercle social, et surtout que je trouve un nouveau job… » Il se souvient : « La première année, j’ai cherché un job en chimie et j’ai réalisé que la musique allait prendre le pas sur ma vie. Qu’elle ne resterait pas un simple loisir ! » Alors, pendant près d’un an, Clerel passe la plupart de son temps chez lui à jouer de la guitare. Un dimanche soir, il se lance : « À Montréal, il y a beaucoup d’open-mic, un soir je me décide à y aller. Je passe alors le pas de la porte de Brutopia, une brasserie du centre ville. Le concept est simple : En arrivant tu écris ton nom sur la liste et tu as le droit de chanter trois morceaux. Lorsque l’on t’appelle, c’est ton moment, il faut y aller ». Malgré un peu d’appréhension, Clerel s’amuse à chanter des reprises de Marvin Gay en passant par Otis Redding ou encore Steevy Wonder : « Quand je chante, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai vraiment l’impression d’être à ma place. Si je devais ne faire qu’une seule chose dans ma vie, ce serait chanter. Ça me donne du plaisir et ça donne du plaisir aux gens, et ça, c’est unique », dit-il avec fierté. Son initiative porte ses fruits car dès sa première apparition sur scène Clerel tape dans l’oeil de l’organisateur de l’open-mic. Le chanteur en herbe est alors invité à faire une seconde prestation dès le lendemain dans un autre lieu. Puis, de fils en aiguilles, Clerel se retrouve sur scène chaque semaines : « Quand tu chantes lors d’un open-mic, tu arrives tu ne connais personne, puis à la fin tout le monde veut connaître ton nom… », il ajoute : « Aujourd’hui, à Montréal, toutes mes relations et mes amis sont des personnes que j’ai rencontrées grâce à la musique ».

« Et L’EP c’est fait comme ça. De manière tout à fait naturelle. »

Après avoir passé deux-trois ans à faire des open-mic, Clerel finit par intégrer un groupe de musique : « Un jour je suis allé sur un site de petites annonces et je suis tombé sur le groupe « The Heart » qui recherchait un chanteur funk/soul « , dit-il en souriant, « le feeling est bien passé et c’est là que l’on a commencé à faire des shows de voisinage, puis dans les pubs, les gens ont commencé à nous appeler pour des fêtes, des mariages, etc. » Après plusieurs concerts avec son groupe, Clerel décide finalement de faire le grand saut vers l’inconnu : « Au bout d’un moment, je voulais avoir mes propres créations et je me suis rendu compte que ce que je faisais avec le groupe était complètement différent. Moi, j’aime le soft, lel doux : ça, c’était vraiment mon truc ! » s’esclaffe-t-il. Quelque temps après s’être lancé en solo, Clerel décide, avec son ami Kento Kataoka, de réaliser un EP de 5 titres, qu’il sort en août 2019 : « Songs from under a guava tree ». Il explique : « C’est une référence à un arbre que l’on a au Cameroun ». Clerel nous raconte comment s’est déroulé l’enregistrement de cet EP :  » Avec mon ami on s’est retrouvés tous les deux dans son home studio, puis tout en prenant notre temps on a commencé à jouer de la guitare, ajouter des percussions. L’EP c’est fait comme ça, de manière tout à fait naturelle. Avec tous les détails et les maladresses qui en ressortent, c’est ce qui fait que j’aime beaucoup notre travail. »

Entre temps, Clerel a continué de faire ses gammes en faisant la première partie d’une chanteuse saoul pop de Montréal. Aujourd’hui, Clerel aimerait aller de l’avant en réalisant un album. Peut-être avec  des textes en français ? « J’ai beaucoup écris mes textes en anglais parce que ma vie, à l’époque, était toute en anglais, mais maintenant je compte bien changer ça, et aussi intégrer mes inspirations musicales camerounaises ! » Nous répond-il les yeux remplis d’envie.

Depuis cette interview, Clerel a passé les portes du fameux talk show québécois : « La Voix », plus connu en France sous le nom de « The Voice ». Sous l’oeil de sa coach, la chanteuse Cœur de pirate, nous lui souhaitons d’aller le plus loin possible dans cette nouvelle aventure,  où l’autodidacte semble passer les épreuves une à une et haut la main. Un palmarès prometteur.

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La question Fler :
De qui ferais-tu le portrait ?

« Si je devais faire le portrait de quelqu’un ce serait celui de ma grand mère. C’est un personnage fascinant et très intelligent, elle a toujours l’apparence de la tradition, et elle est profondément gentille. Elle a toujours eu beaucoup d’influence pour moi et plus je grandis plus j’ai de l’admiration pour elle. Quand on était petits on habitait chez elle, c’est avec elle que j’ai appris à chanter, c’était un peu mon premier professeur de chant. Et puis c’est grâce à elle que je fredonne du Jean Jacques Goldman ou du Céline Dion, parce qu’elle avait les CD… De très bons souvenirs. »

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