Antonin, l’aventurier photographe
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Qui ? Qui décide un jour d’aller en Alaska, de se faire déposer en hydravion avec un canoë sur une rivière pour la remonter pendant un mois et observer des grizzlis ? Qui décide d’aller dans un glacier pour prendre des photos jusqu’à s’en émouvoir ? Nous avons écouté les histoires d’Antonin, photographe d’aventure, autour d’un verre. Aujourd'hui, il sort son premier livre autoédité, "Et le loup continue de courir, dans les forêts d'Alaska".

Antonin a tout juste 26 ans. Il arrive au bar La Sardine, place Sainte-Marthe, avec sa barbe de 15 jours, son sac à dos bien fourni et son sourire. Ce jeune Bourguignon aux airs timides n’est pas un habitué des grandes villes. Le village de Saint-Aubin, d’où il vient, dépasse à peine les 200 habitants. Nous avons été fascinées par ses photos de paysages et les histoires qui y sont liées et nous voulions en savoir plus sur ce globe-trotteur amoureux de la nature et des grands espaces : “J’ai toujours été un mauvais élève. Après mon bac, j’ai fait un BTS Gestion et Protection de la Nature. Je voulais faire quelque chose en rapport avec la nature, c’est tout ce que je savais”, nous explique-t-il. Ce qui motive Antonin, c’est le stage de 3 mois que la formation propose : “Si on partait à l’étranger, on avait des bourses pour nous aider. Je me suis dit que j’allais me trouver un stage de ouf”, se remémore-t-il. A l’époque, il a 19 ans, n’a jamais quitté la France, ni même pris l’avion.

Je n’avais pas envie de commencer la photographie professionnelle d’un coup et de me retrouver à faire des photos de mariage

Il trouve une association à Madagascar qui lui propose de chercher et répertorier nouvelles espèces de grenouilles dans la forêt : “C’est une forêt où il n’y a jamais vraiment eu de spécialistes des grenouilles. Je n’en n’étais pas un, mais j’étais accompagné de guides et avec eux on a découvert une nouvelle espèce, c’était une expérience de dingue”, raconte Antonin. Durant ce premier voyage, notre baroudeur emmène un appareil photo. En rentrant en France, quand il montre ses photos à ses amis et à sa famille : “Tout le monde me disait qu’elles étaient vraiment cools et plus je les montrais, plus je me disais que c’était sympa de montrer mon séjour à travers mes images”.

A la suite de cette première expérience à l’étranger, difficile pour Antonin de se concentrer lors de sa deuxième année de BTS : “Je n’étais vraiment pas bon en classe et je n’arrivais pas à rester assis sur une chaise, surtout après le voyage. Au bout d’un moment, je me suis fait à l’idée que je voulais être photographe”, déclare-t-il. Il termine son année et obtient tout de même son BTS. Il commence à faire des petits boulots, principalement dans les vignes : “Je faisais ça toute l’année. L’idée était de mettre de l’argent de côté et de prendre le temps de me perfectionner en photo et surtout, de mettre en place des projets. Je n’avais pas envie de commencer la photographie professionnelle d’un coup et de me retrouver à faire des photos de mariage, je préférais encore travailler toute ma vie dans les vignes et garder la photographie comme passion”, raconte-t-il.

“J’arrive sur le pont, et là, je vois un truc très étrange qui nage dans l’eau »

Après 4 ans à travailler dans les vignes, arrive enfin son premier projet : “Mon objectif était de photographier le loup d’Alaska. On m’a prévenu que ça allait être compliqué, voire impossible, mais je voulais tenter. Un jour, j’étais chez mes voisins et ils m’ont dit qu’ils connaissent un gars qui vivait en Alaska, dans un coin perdu. Je me décide à lui envoyer un mail”, explique Antonin. Ce gars, c’est Jerry. Lorsque Jerry reçoit le mail d’Antonin, il lui répond : “Oui tu peux venir chez moi, en échange tu travailleras avec moi, on ira pêcher”. Antonin est hyper motivé et avec l’argent qu’il a mis de côté il part 3 mois sur l’île Kings of Wales au sud-ouest de l’Alaska. Il débarque dans un endroit vraiment perdu, au milieu des bois, seulement accessible en hydravion. Une fois arrivé, il commence à réfléchir à la tournure de son reportage sur la recherche du loup d’Alaska : “Je devais trouver le loup, on peut me prendre pour un barjo mais je n’avais que ça en tête. C’est une espèce difficile à trouver et un peu mystique là-bas. J’ai demandé à Jerry s’il en avait déjà vu et il m’a répondu qu’il en avait croisé 3 en 10 ans”, raconte-t-il. Le photographe reste pourtant optimiste. Trois semaines après son arrivée sur l’île, accoudé à sa cabane, il les entend pour la première fois. Le lendemain, il décide de se réveiller tôt et d’aller vers la baie pour prendre quelques photos : “J’arrive sur le pont, et là je vois un truc très étrange qui nage dans l’eau. Je prends mes jumelles et je me rends compte qu’il s’agit d’un faon. Je commence à prendre des photos et là, le faon se met à nager dans ma direction. Lorsqu’il arrive prêt de moi, il s’enfonce dans l’eau, ne laissant dépasser que son museau pour respirer. A ce moment, je me suis vraiment demandé ce qu’il s’était passé. Au même instant  j’entends un bruit en provenance de la forêt, je me retourne et là, je vois un gros loup dans les bois ! En fait, le faon se cachait du loup. J’ai commencé à trembler, non pas parce que j’avais peur du loup, mais parce que j’avais peur de ne pas réussir à prendre de photos”, dit-il. Lorsqu’Antonin  raconte cette histoire, on a l’impression qu’il nous raconte un rêve, ses yeux brillent : “Il y avait une lumière incroyable, j’avais l’appareil dans la main, le loup était à 10-15 mètres devant moi et d’un coup, je croise son regard. On s’est regardés pendant 10 minutes au moins, sans bouger puis, au bout d’un moment, il se retourne et part en direction de la forêt”, s’émeut le jeune Bourguignon. Mission réussie. Lorsque Jerry se lève, Antonin s’empresse de lui raconter sa matinée et lui montre les photos du loup. Jerry n’en revient pas.

La veille de son départ, après trois mois en Alaska, Antonin se retrouve sur le même pont où il a aperçu le loup la première fois, il voit un mouvement sur la berge. Il lève la tête : c’est un autre loup d’Alaska. Une belle manière de terminer ce premier reportage.

En France, le retour à la vigne s’impose. Impensable pour Antonin de ne pas être indépendant financièrement : “Ma mère m’a toujours dit : dans la vie il faut être indépendant et faire quelque chose que l’on aime. J’ai toujours retenu cette phrase.”, explique le photographe. Son père professeur de physique chimie et sa mère boulangère l’ont toujours soutenu dans ses projets.

« Je refuse beaucoup de partenariats parce que mon métier c’est vraiment photographe et pas “homme-sandwich” »

Pourtant, il y a un peu plus d’un an, Antonin abandonne et se lance à temps plein dans la photographie : “Je voulais attendre le bon moment, savoir ce que je voulais photographier”, déclare t-il. Il se fait repérer sur les réseaux sociaux et commence à travailler pour quelques magazines. Puis, il est envoyé en Norvège par une marque de vans pour prendre en photos les paysages scandinaves, suite à ça, les propositions se sont enchainées : offices de tourisme, marques de vêtements recyclés… une première année déjà chargée de projets.

Nous évoquons rapidement avec Antonin le sujet de l’influence sur les réseaux sociaux : “Je ne me considère pas comme une influenceur. Je ne fais pas de sponsoring, je ne mets aucune marque en avant. Je refuse beaucoup de partenariats, parce que mon métier c’est vraiment photographe et pas “homme-sandwich”, avoue t-il.

Et le loup continue de courir dans les forêts d’Alaska

“Photographe aventurier” : Antonin a réussi à faire de son rêve un métier. Il travaille beaucoup, mais n’est pas à court d’idées de voyages incongrus. En 2017, il part avec un ami dans le Yukon au Canada, juste à côté de l’Alaska : “J’avais un autre rêve un peu fou : je voulais descendre en autonomie une rivière sur une centaine de kilomètres”, explique t-il. Avant d’y aller, il cherche une histoire à raconter, une quête à partager : “C’est un endroit où il y a beaucoup d’ours, je me suis dit que ce serait cool d’aller à leur rencontre. J’ai repéré une rivière de 500 kilomètres dans un endroit où il n’y a vraiment personne”, dit-il. Et c’est le cas de le dire. Pour arriver à cette rivière, Antonin et son ami se font déposer en hydravion, avec leur canoë et une fois au bord de la rivière, ils se rendent compte qu’ils ne verront pas un humain sur 500 kilomètres. “C’était fin août, nous n’avions que du riz, de la farine, des amandes, du bois de bouleau pour allumer rapidement du feu et un pot de miel. On avait prévu un mois pour descendre la rivière, donc on a beaucoup pêché, on a ramassé des champignons, des baies… C’était quand même assez dangereux, on le savait” précise t-il. A la question “est-ce que tu as eu peur ?”, il nous répond : “On avait peur de se retrouver face à un ours. C’est un gros prédateur et impossible de se battre contre un grizzli. Mais notre plus grosse peur lors de ce voyage, c’est lorsque notre canoë s’est retourné dans la rivière. Cela ne faisait que trois jours que nous descendions, on était sur le canoë, on cherchait un endroit où poser notre tente et là, un rapide commence. On gère assez bien, mais on se prend un arbre en plein milieu du canoë. C’est alors qu’il se tourne et se rempli d’eau très rapidement. Heureusement, tout était attaché. On arrive à rattraper le canoë et à remonter sur le bord. On a paniqué, on était trempés, gelés. On a commencé à faire un feu et là, mon pote Lionel m’a dit “Antonin, ta pagaie est de l’autre côté de la berge”. On en avait une de rechange, mais après seulement trois jours on ne pouvait pas se permettre d’en perdre une. Alors je me déshabille et je retourne dans le courant pour aller la chercher. Quand je suis revenu, j’étais vraiment frigorifié. Je ne sentais même plus le feu. On a pris conscience de ce qu’on faisait, on a un peu flippé”, conclu Antonin. Ce type d’expérience définit bien le terme aventurier. Mais il précise : “Je dirais que je raconte des histoires. Des histoires que j’ai vécu ou des histoires de gens que j’ai rencontré”. Pour lui, il est important d’entretenir ce lien, d’expliquer ce qu’il se cache derrière chaque photo. Derrière ce mauvais élève, se cache une belle plume : “Quand j’étais au lycée je voulais être écrivain. Entre midi et deux j’écrivais”, confit-il. L’écriture pousse aujourd’hui Antonin à sortir un livre, ou plutôt, un carnet d’aventure, mêlant images et histoires, un recueil de ses dernières quêtes dans le grand nord. Un livre auto-édité qui lui ressemble avec un titre évocateur : “Et le loup continue de courir dans les forêts d’Alaska”.

“Il y a 4 ans je me disais : “Tu seras peut-être photographe un jour”, et là, je me retrouve dans des endroits comme ça, c’est incroyable”

Les préventes ont été lancées dimanche dernier. Le livre lui, sortira en début d’année 2020. Antonin auto-édite ce livre pour deux raisons : “Premièrement j’aimerais reverser l’intégralité des bénéfices des ventes à des associations de protection de la nature. Ensuite, et parce que je suis assez têtu, je préfère tout faire moi-même, comme ça, pas de concessions sur la qualité du livre !” explique t-il. Il y racontera trois histoires qui l’ont marquées : la rencontre avec le loup d’Alaska, la descente de la rivière à la recherche des Grizzlis, et une expédition en Laponie, en plein hiver où il est parti seul pendant un mois avec ses skis et un traîneau : “Ce livre me permet de faire le point sur ce que j’ai déjà fait et dès le printemps 2020 je vais pouvoir repartir sur de nouveaux projets plus précis et continuer de créer des histoires dans le grand nord”, dit-il.

On aurait pu rester des heures à écouter les aventures d’Antonin. Avant de le quitter, on lui demande quel a été son plus beau souvenir : “Je pourrais dire le loup, mais récemment j’ai vécu quelque chose d’incroyable. J’ai trouvé sur Google Earth un glacier en Alaska et je me suis dit que j’avais trop envie d’aller voir ça. J’y suis allé avec un mec incroyable qui pourrait être mon père, Steve. On arrive là-bas, on paye un marin pour nous rapprocher au maximum du glacier. On ne savait pas trop à quoi s’attendre. On a marché plus d’une journée jusqu’à arriver à l’endroit que j’avais trouvé. Là, pendant 5 kilomètres on a marché sur un lac glacé jusqu’au glacier. C’était incroyable ! Il faut savoir que l’Alaska est l’un des endroits qui change le plus avec le réchauffement climatique, les glaciers fondent”, ajoute t-il, “L’hiver, le lac se reforme, alors on peut le traverser sans problème. Le silence, le froid, la glace tout autour de nous : j’avais l’impression d’être sur une autre planète. C’était émouvant et j’avoue avoir versé une petite larme. Quand la nuit est tombée on a décidé de poser notre tente et de faire un feu”, nous conte-t-il. On voyage à travers ses paroles. Avant de partir, Antonin nous dit : “Il y a 4 ans je me disais : “Tu seras peut-être photographe un jour”, et là, je me retrouve dans des endroits comme ça, c’est incroyable”.

 

  • Son livre « Et le loup continue de courir dans les forêts d’Alaska » est disponible en prévente jusqu’au 24 décembre 2019 (Un joli cadeau de noël pour vos aventuriers !) à l’adresse suivante : https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/et-le-loup
  • Il sera édité et vendu, lors de ses expositions seulement, dès 2020.

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La question Fler :
De qui ferais-tu le portrait ?

Robin Williams.

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