Merryn Jeann sort son « Little Album »
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Aujourd’hui sort le premier album de Merryn Jeann. Entourée d’instruments de musiques majestueux, cette jeune australienne de 23 ans nous emporte par sa voix douce et puissante. Nous étions tombées sous le charme de sa chanson Canopy, nous voilà emportées par son “little album”, doucement mélancolique.

J’ai croisé le chemin de Merryn Jeann il y a deux ans. A l’époque, elle était encore surprise du succès rencontré par la chanson Aloha de Møme, sur laquelle elle avait posé sa voix en 2016. Nous avions passé un long moment à discuter. L’idée d’un album bien à elle lui taraudait déjà l’esprit. Cette jeune auteure-interprète est perfectionniste, amoureuse des notes et de la magie des instruments.

A Byron Bay, en Australie, Merryn grandit bercée par le bruit des vagues. Depuis ses 9 ans, elle chante : “J’ai chanté dans une chorale et j’ai fait partie d’un groupe de musique folk”, explique-t-elle. Puis, Merryn termine ses études et décide de partir à l’aventure. Elle s’envole alors pour Berlin, guitare à la main. De rencontre en rencontre, elle commence à chanter dans les bars. Puis la magie des réseaux sociaux a opéré : “J’ai envoyé un message à Møme en lui demandant s’il voulait qu’on collabore ensemble, il a dit oui et il m’a envoyé Aloha”, nous raconte-t-elle. Cette chanson a ensuite fait le tour du monde. Pourtant, le succès ne lui est pas monté à la tête, au contraire. Elle a su garder les pieds sur terre et a continué de travailler sur ses projets à elle.

“Paris est une ville inspirante, à chaque fois que tu sors tu découvres de nouvelles choses”

Je retrouve Merryn il y a quelques jours autour d’un verre au Café des Anges à Bastille. Je la vois entrer dans le bar, bob noir sur la tête et grand imperméable trempé par la pluie qui ne cesse de tomber ce jour-là à Paris. Je l’appelle : “Merryn !”, elle se retourne tout sourire. Elle n’a pas changé. Son style dénote avec la foule du café. Mais que s’est-il passé depuis deux ans dans la vie de notre chanteuse australienne ? “J’ai quitté Paris peu de temps après notre rencontre. Je suis rentrée à Byron Bay, mais j’ai aussi été à Montréal. Je n’ai pas pu y rester très longtemps pour des raisons de visa. Puis finalement, mon destin m’a ramené à Paris”, me dit-elle. Elle est certes tombée amoureuse de Montréal, de ses ruelles calmes, du coût de la vie et de son côté “chill”; mais de retour à Paris elle se dit : “Allez, je vais vivre ici”. Merryn nous explique qu’elle a enfin trouvé son “chez soi” : “Paris est une ville inspirante, à chaque fois que tu sors tu découvres de nouvelles choses”, dit-elle montrant les rues derrière les vitres du café. Merryn aime filmer ce qui l’entoure, filmer des instants de vie dans le métro, dans les parcs. Elle s’épanouit et peut enfin se concentrer sur son album. Quand on lui demande si elle se sent parisienne, elle répond en rigolant : “Non, pas encore”.

« Ce que j’aime dans la musique folk, c’est qu’on y raconte des histoires. »

Tout commence avec un crowdfunding sur le site kickstarter : “Le fonctionnement de cette plateforme est simple, j’ai une somme à atteindre pour mon projet, les gens peuvent donner autant d’argent qu’ils veulent. Si cette somme n’est pas atteinte alors je perds tout l’argent”, déclare-t-elle. Malgré le stress, Merryn garde un bon souvenir de cette expérience : “C’est  difficile de demander de l’argent à des gens alors que tu n’as rien créé. Mais c’était une super expérience car je me suis formé une communauté qui me suit encore aujourd’hui.” La jeune chanteuse a pourtant déjà écrit quelques textes aux inspirations diverses : “Mes inspirations changent constamment. Je suis une grande admiratrice de Arthur Russell, Leonard Cohen… Ce que j’aime dans la musique folk, c’est qu’on y raconte des histoires. Les paroles nous transportent”, dit-elle, “puis il y a Aldous Harding qui me touche énormément. Elle arrive à créer des musiques complètement perdues dans le temps et l’espace”.

Il y a un an, elle finalise enfin l’album qui porte son nom : Merryn Jeann. “Je voulais vraiment montrer qu’il s’agissait de mon album à moi. J’ai posé ma voix sur beaucoup de musiques, fait beaucoup de featuring, mais je n’avais jamais rien eu à moi”, dit-elle, émue derrière ses grands yeux verts d’eau. Merryn l’appelle joliment son “little album” : “Car ce n’est pas vraiment un EP, ni un album”. Elle y regroupe des mélanges de voix et d’instruments enregistrés en live dans des studios à Paris et en Australie : “Mon producteur a vraiment voulu mettre en avant les différents instruments comme le trombone, la guitare ou le piano, et je pense qu’on ressent mieux les émotions ainsi, c’est magnifique”, ajoute-t-elle. Dans ses textes, on ressent une touche de mélancolie : “Je ne veux pas que l’album soit triste et je trouve que le mot mélancolie lui sied bien”, affirme Merryn. Pour elle, tout est une question de ressenti dans l’interprétation. Derrière ses paroles qui parlent d’amour ou de sujets plus durs comme la mort, elle laisse sa voix explorer les différents sujets à sa façon.

« Adam Naas a été un véritable coup de cœur amical »

Avant la sortie officielle de l’album, il y a eu un joli hasard : “J’ai rencontré Adam Naas au festival Hello Birds à Étretat. Il jouait dans la même chapelle que moi. Ça a été un véritable coup de coeur amical”, décrit-elle. Adam Naas est un artiste français qui a connu un succès retentissant l’année dernière, en particulier grâce son titre Fading Away. Après leur séjour à Etretat, Adam demande à Merryn Jeann de faire ses premières parties, en France, en Suisse, au Luxembourg ou encore en Belgique. Elle s’embarque donc dans une aventure à la Kerouac. Une aubaine pour notre jeune australienne : “C’était difficile, il fallait se lever tôt, conduire, dormir dans des hôtels pas très confortables… Mais quel bonheur”, dit-elle en riant “On a savouré chaque instant de cette tournée. J’ai pu tester les musiques de mon album devant un vrai public, c’était incroyable, je suis si reconnaissante”, ajoute-t-elle.

Après l’entraînement vient le moment de montrer au monde qui est Merryn Jeann. Derrière la pochette de son “little album” se cache le pinceau de son compagnon : “Il est peintre. Il m’a rejoint en France et sur la pochette, c’est moi qui joue de la guitare, d’une manière plutôt abstraite”, dit t-elle avec le sourire. Le 28 mai 2019, elle chantera à la Salle des Colonnes de l’Église Saint-Eustache. Une date qui promet d’être envoutante.

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La question Fler :
De qui ferais-tu le portrait ?

Je ferais le portrait d’Agnes Varda. 

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