Macau : les histoires de Gabriel embrassent le monde
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Passionné et créatif, voici les deux adjectifs qui décrivent le mieux Gabriel. Ce dessinateur de bandes dessinées de 33 ans a su se faire un nom dans le monde entier. Pourtant, malgré la reconnaissance de ses pairs, il a décidé de garder une vie simple. Né à Macau au Brésil, la Guérande du Nordeste, il préfère rester proche de ses parents. Dans une ville où la culture n’a pas sa place, Gabriel s’évade dans ses dessins ou dans les villes voisines, pour une soirée au cinéma ou en festival.

Nous rencontrons Gabriel sur la terrasse d’un restaurant le long de la plage de Camapum à Macau. Il fait chaud, les odeurs de poissons grillés sont portées par le vent. Nous nous installons et entrons vite dans le vif du sujet : “Depuis quand dessines-tu ?”. Derrière ses lunettes, Gabriel nous explique qu’il crayonne depuis son enfance : “J’étais bon élève à l’école et comme je terminais mes contrôles avant toute ma classe, je retournais ma copie-double et je dessinais mes camarades et ma maîtresse”. Né dans un petit village de la côte Nordeste du Brésil, ce grand brun a toujours vécu dans la simplicité : “Mes parents étaient professeurs des écoles, j’habitais dans une petite maison pas très loin du port et en rentrant de l’école je ne m’arrêtais pas de dessiner. J’aimais bien m’assoir sur le pas de la porte. Je retournais les copies de mes parents et j’imaginais des scénarios et des personnages », se souvient-il. Les aventures dessinées fusaient dans sa tête d’enfant. 

« Mes professeurs ont sauvé ma vie artistique »

Macau est une ville de 30,000 habitants entourée d’un côté par l’océan Atlantique et de l’autre par les montagnes de sel. La plupart des macauences sont pêcheurs ou marin-salants. Gabriel lui, avait une autre idée concernant son avenir : “Je ne savais pas vraiment vers quoi me tourner, alors j’ai commencé par des études en comptabilité. J’étais plutôt bon, mais mes professeurs sont venus me voir après mes examens”, se rappelle le jeune homme. En effet, malgré ses bonnes notes, ses professeurs ne voyaient pas en lui le typique comptable. “Ils m’ont dit que j’avais un esprit créatif qui ne pourrait pas s’exprimer dans cette voie, et que je devrais peut-être regarder les autres formations”, dit-il. “ils ont sauvé ma vie artistique”.

Gabriel change alors radicalement de filière : “Je ne savais pas exactement dans quelle voie artistique je désirais me tourner. L’école pour laquelle j’avais postulé proposait des cours de musique bien plus avancés que les cours d’arts plastiques”, explique Gabriel. Il choisit alors la  musique et se passionne pour cette nouvelle aventure. Il apprend vite. Pourtant, Gabriel n’abandonne pas sa passion première : “Le matin, j’étudiais le violoncelle, puis je donnais des cours de flûte. L’après-midi je prenais des cours de guitare en groupe, puis le soir des cours en solo”, raconte Gabriel. Il ajoute : “Entre chaque cours, je dessinais”. Devenir un professionnel du dessin et vivre de cette passion ne faisait pas partie de ses plans de carrière. Dessiner était une échappatoire, un hobby.

Malgré ce planning chargé, Gabriel a la chance de rencontrer de nombreux artistes en tout genre qui ne restent pas indifférents face à son talent de dessinateur. Un matin, l’un de ses camarades lui dit : “Mec, t’es vraiment bon. Tu devrais essayer de passer des tests pour travailler pour un éditeur. Il y a une session bientôt, inscris-toi !” – « Pourquoi pas ».

Nous sommes fin 2008, c’est le jour J. Pour ce test, Gabriel doit travailler un script accompagné de plusieurs planches annotées : “Les correcteurs analysaient tout ! La langue, la narration, le dessin… Et j’ai échoué”, nous confie Gabriel, sourire en coin. Il reprend alors son rythme d’étudiant avant de retenter sa chance : “Et j’ai réussi !”, se réjouit-il tout en revivant son succès.

« J’ai du mal à percer au Brésil »

Les contrats s’enchaînent. De 2009 à 2012, Gabriel ne prend pas de vacances. Il travaille sur différents projets pour sa maison d’édition. Il atteint une belle renommée dans le monde de la bande dessinée : Dark Horse, Alien puis Die Hard. Cette dernière série lui a permis de se faire connaître aux États-Unis et en Europe assez rapidement : “C’était un véritable tremplin. Je n’aurais jamais imaginé travailler pour des histoires si connues. C’était un challenge”, explique Gabriel. Proche des Comics Book, ses séries ne parlent pourtant pas de super-héros : “J’ai du mal à percer au Brésil, car ici les lecteurs de bandes dessinées n’achètent que des histoires de super-héros. Moi j’aime la science-fiction, les histoires plus profondes”, précise Gabriel.

De projets en projets, de rencontres en rencontres, son chemin croise rapidement celui d’Alan Moore. Ce scénariste de bandes dessinées est connu pour plusieurs oeuvres dont V pour Vendetta. Il contacte Gabriel pour travailler sur une nouvelle série qui devrait sortir cette année. Comme un gosse, il s’écrie : “C’est un dieu vivant dans le monde de la bande dessinée, une des personnes les plus respectées de l’industrie. Mon nom à côté du sien c’est le top de la reconnaissance”. Notre jeune artiste se doit donc d’imager au mieux les scénarios de Monsieur Moore, et pour ne pas décevoir son idole, il utilise des techniques implacables : “Parfois, j’imite les personnages pour mieux les imaginer et les représenter. Je me lève, je me mets dans la position dans laquelle Alan a imaginé son personnage, je prends ses mimiques ”, relate Gabriel.

Gabriel Andrade Jr. a réussi à se faire un nom. Avant son passage au rassemblement Comic Com de São Paulo, il n’imaginait pas avoir de vrais fans; des inconnus qui le suivent et qui le reconnaissent : “C’est vrai que c’était bizarre. Il y avait une file immense à mon stand, tout le monde savait très bien qui j’étais”, évoque-t-il. Gabriel se rend alors compte de la dimension que prend son travail.

« Mon métier, au-delà d’une passion, est une évasion. »

Aujourd’hui, Gabriel Andrade pratique son métier sans peur du lendemain. Entre les États-Unis, l’Europe et le Brésil, notre jeune dessinateur garde les pieds sur terre. Quitter Macau et s’envoler pour de nouveaux horizons plus propices au développement de sa carrière ? Il n’y pense pas pour l’instant : “Mon père est malade, et il dépend beaucoup de moi. Ma mère s’occupe de ma soeur tétraplégique et moi de mon père. C’est un devoir, je ne peux pas les abandonner. Ils passent avant mes envies de grandes villes, de culture, de voyages, ils passent avant tout ”, s’émeut Gabriel derrière ses lunettes qui commencent à s’assombrir sous les rayons du soleil. “Mon métier, au-delà d’une passion, est une évasion. Pouvoir en vivre, c’est un bonus”, sourit-il.

Nous recroisons Gabriel le soir même, sur la place principale de Macau. L’occasion de continuer notre discussion; de parler cinéma et musique autour d’une belle pizza. Les enfants du quartier le reconnaissent, le check. Au loin, derrière l’église, les répétitions du carnaval se font entendre.

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La question Fler :
De qui ferais-tu le portrait ?

Hayao Miyazaki. Je respecte son oeuvre. Et je trouve que c’est une véritable inspiration. Aussi bien pour ses dessins que pour ses histoires.

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